Après un long silence je reprends ma thérapie nombriliste. Bon les causes de son arrêt sont un coup de flémingite massif. La reprise elle n’est justifiée que par une mise en abîme (voir une récursivité intellectuelle) qui est la suivante : ça m’ennuie de m’ennuyer et du coup scéance d’auto-bottage de fesses. On va voir combien de temps je tiens, en tout cas une chose est sûr je l’écris en gros pour que les 2 visiteurs par mois puissent dire qu’un jour oui, j’ai dit et je n’ai pas fait ; ce qui me pèsera sur la conscience c’est certain.
Je pense tout de même avoir un début de piste de sujet intéressant. Au début j’ai voulu faire des posts construits sur ce « blog » mais je vais laisser ça de côté pour un temps car c’est justement cette exigence (en voilà un grand mot) qui m’a fait arrêter. Et donc je tente de rattraper le fil de mes idées. Je parlais d’exigence et de tentative de faire des posts construits car j’ai une sainte horreur de la mode actuelle de balancer les infos sans rien n’y ajouter.
Prenons pour exemple une des rares émissions (d’ailleurs à y réfléchir c’est la première fois depuis un an… ou ptet plus) que j’ai prévue de regarder. C’est à dire en entendre parler et me dire que j’allais la regarder plutôt que de tomber par hasard sur un truc pas mal et de le nuivre. Bref cette émission était « le jeu de la mort » en mars dernier. Le principe est simple, on reprend l’expérience de Milgram mais remise au goût du jour avec la télé.
Je ne vais pas redétailler toute l’émission mais c’est déjà bien bancale dés le début. Le but est de faire comprendre à monsieur tout le monde ce qu’a montré en son temps Milgram ; à savoir qu’une personne peut être transformée en tortionnaire dans certaines conditions. On ne parle pas ici de boucher avec les yeux injectés de sang mais de la grand-mère toute gentille qui donne un coup de main aux resto du coeur. Le véritable sujet de l’expérience est de montrer les schémas cognitifs (les méthodes de réflexion) des personnes et d’appuyer où il faut pour en faire ce qu’on veut. Le là-où-il-faut est la notion d’autorité et le rapport à l’autorité. Une personne l’incarne et ordonne au cobaye de balancer du 10 000 volts à un patient (fictif pour l’expérience) qui ne donne plus de signe de vie depuis 5mn.
Mais comment une personne incarne-t-elle l’autorité ? Dans les 60′s une blouse blanche avec un appareil plein de boutons suffisait pour activer l’étiquette scientifique-qui-sait (sans doute une conséquence de la bombe) tout ça sans une ambiance sérieuse de tests scientifiques si-vous-ne-comprenez-pas-c-est-que-c-est-achement-touchy. De nos jours ils ont pris pour l’expérience une présentatrice TV et un public dans un décor digne de la famille en or.
Bref dans tous les cas c’est un jeu à la con qui sert de motif et à chaque réponse erronée paf un coup de jus (à la Venkman dans Ghostbuster 1) et plus ça va plus on augmente le voltage. La question de l’expérience est de savoir si le sujet (celui qui inflige la décharge) va remettre en cause l’autorité et rebeller.
Ce doc part d’une bonne intention mais c’est tout. On en apprenait plus dans le petit débat qui suivait : déjà pourquoi faire ce doc ? Parce que le réalisateur et/ou producteur avait été choqué par « le maillon faible » où des candidats se lancent des vacheries entre eux pour tenter de paraître plus malins qu’ils ne sont, pour imiter la présentatrice, sans jamais assumer que le but est de gagner et qu’ils suivent les règles pour avoir du pognon. Déjà premier travers, c’est UN homme qui s’est dit il faut que je change ça et avec sa pensée juste et pure il va tout faire pour réaliser cette expérience. J’ai l’impression d’avoir la glorification de l’individu bien-pensant à la sauce américaine.
Mais bon passons. Que cherche à mettre en avant ce doc ? Et bien que les personnes suivent le troupeau ou l’autorité peu importe ce qu’elle dise cette autorité. Quand on met ça en parallèle de la réalisation « pour impliquer le spectateur » on arrive à une plaisanterie. Car justement, le doc utilise les ficelles qu’il dénonce. Ce docu passe en prime-time sur france2. Il faut faire de l’audience et du spectaculaire. Donc plutôt que de lancer des pistes de réflexion, on fait un montage choc, des zoom-in/zoom-out, des scientifiques qui restent à se grater le mentons d’un air entendu. Bref, le doc se mort la queue : les personnes sensible à ce genre de présentation, sont celles qui tombent dans le panneau et comme on ne donne pas de clé de réflexion, c’est peine perdue.
Pire encore dans le débriefing des candidats : on leur explique que oui mais c’est une expérience et que voilà c’est pas vrai gnagnagni-gnagnagna. Donc on a le cobaye qui percute qu’il vient de tuer (virtuellement) quelqu’un. C’est là que le choc arrive. Mais est-ce que la réalisation s’en souci ? Non pas du tout comme toute émission moderne on se contre fiche des conséquences et des dégâts sur l’individu. Le sujet n’est même pas abordé quand un ex-candidat dans le débat (tourné un an après l’expérience) disait avoir eu du mal à s’en remettre, et qu’il avait profondément changer sa manière de penser, de regarder la télé, de consommer. J’ai bien dit de consommer, ce par quoi la civilisation occidental se réalise aujourd’hui ! Ça n’est pas rien !
Il y a tout de même quelques points positifs à tout ça. Le premier a été de montrer (pas démontrer) que oui dans certaines conditions, on fait ce qu’on nous dit sans avoir de sens éthique et en se déchargeant sur les autres des horreurs qu’on commet. Le second a été dit très brièvement par une des savante de l’émission qui souligne que la véritable explication est l’amalgame qu’on fait dans la définition d’autorité et du message qui est transmis. Quand un parent dit de regarder le feu à son enfant, ça n’est pas parce que le parent le dit qu’il faut le faire mais parce que si on ne le fait pas, on va finir tout plat. En grandissant les adultes gardent cet amalgame là et croit la personne qui incarne l’autorité sans chercher à comprendre. Et voilà, l’idée est lâchée, sans chercher à comprendre.
Moi ce qui m’a vraiment marqué n’est pas que les gens suivent mais plutôt la mise en lumière des schémas cognitifs. On arrive à voir qu’une personne ayant un petit rôle (appuyer sur le bouton) ne se sent pas responsable et appuie sur le bouton dans 80% des cas.
Dans le cas d’un conflit social avec grève, prise en otage de patron, délocalisation. C’est facile, le patron n’est plus le patron, c’est le chef local et lui ne fait que ce que lui demande la direction. Les ouvriers eux ne font que construire ce qu’on leur demande (même si ce sont des M16). Les partons (les vrais) ne font que ce qu’attend le comité directoire d’eux. Le comminté directoire lui ne fait que ce que les actionnaire veulent et les actionnaires veulent de l’argent, c’est tout, juste de l’argent. Au bilan on a donc des ouvriers qui défendent leur droit de construire des armes d’assauts parce que de toute manière si c’est pas eux ça sera un autre et puis qui va payer les emprunts de la voiture, la maison, la chaine stéréo et le satellite ? On a aussi un chef qui n’a aucun pouvoir et qui se prend les coups. On a des patrons qui ne sont pas si patrons que ça car ils ne font qu’obéir sinon les actionnaires partent et le cours de l’action baisse. Bref, au bilan personne n’est repsonsable mais à la fin on arrive à une abération !
Dans le cas de Kerviel, ça n’est qu’un petit trader qui a fait des bêtises mais qui pensait bien faire et puis de toute manière ses patrons savait mais n’ont rien dit. Et puis de toute manière il n’était pas le seul. Bien sûr que non qu’ils n’ont rien dit ! Kerviel débordait des règles du jeu, de leur point de vue c’était lui le responsable. De son point de vue à lui, les patrons étaient d’accord alors hop, il est tranquille pour se laisser aller à sa fièvre spéculative. Tout repose ici sur le silence et l’absence de responsable ou alors du fameux « responsable mais pas coupable ». J’adore
On peut arriver à appliquer cette dilution des responsabilités dans toutes les grandes organisations, entreprises ou administration. Chacun regarde son mètre carré des responsabilités et ne regarde surtout par le voisin. C’est ça le vrai problème.